Congo, café, conflit: De nouveaux membres et une nouvelle vie pour la guérison des cœurs et des esprits

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Women play an important role as coffee producers (Photo courtesy of Polus Center)
Les femmes jouent un rôle essentiel dans la production de café (Crédit photo : centre Polus)

Congo, café, conflit: De nouveaux membres et une nouvelle vie pour la guérison des cœurs et des esprits

La région du lac Kivu, dans l’est de la république démocratique du Congo (RDC), a été surnommée « un paradis pour le café » en raison de son emplacement idéal pour la culture du café, de par sa latitude, son altitude et ses précipitations. Il est tragique que les meilleures régions productrices de café dans le monde sont souvent aussi celles où l’on trouve des mines et des restes explosifs de guerre. La Birmanie, la Colombie, l’Éthiopie, le Vietnam et le Yémen en sont quelques exemples. La région du lac Kivu ne fait pas exception. C’était autrefois une zone de production de café en plein essor, mais un conflit durable et la présence de risques explosifs ont freiné ce qui pourrait être une industrie locale prometteuse et une source de prospérité pour les communautés locales. Pourtant, la réémergence de l’industrie du café de spécialité en RDC fait aujourd’hui naître un espoir ; une nouvelle initiative soutenue par le bureau d’Élimination et de Réduction des armes, rattaché au bureau chargé des Affaires politiques et militaires du département d’État, aidera à la promotion de la paix, de la stabilité et de meilleurs moyens de subsistance pour les producteurs de café, leurs familles et les communautés locales.

Les femmes portent un lourd fardeau dans l’industrie du café (Crédit photo: centre Polus)

La culture du café, comme tout effort agricole mené dans les pays en conflit, est particulièrement difficile et dangereuse. De par le monde, les femmes jouent un rôle important en tant que productrices de café. Dans l’est du Congo, la majorité des civils blessés par ces mines cachées sont des femmes qui travaillaient dans leurs plantations de café ou qui allaient vendre leurs produits sur le marché. Ces explosions se soldent souvent par la mort ou la perte de membres, ainsi qu’un traumatisme débilitant et durable pour les survivants. Ce triste scenario est exactement celui qu’a connu Masika Julienne quand elle n’avait que 13 ans. En 1999, Masika était en route vers les champs de récolte du café, où elle travaillait, quand elle a marché sur un objet inconnu. La dernière chose dont elle se souvient, c’est d’une grande explosion ; puis elle s’est réveillée dans un centre de santé. Après avoir réalisé qu’elle avait perdu sa jambe droite à cause d’une munition explosive non explosée, Masika a commencé à craindre pour son avenir, inquiète de ne plus pouvoir travailler ni d’être en mesure de se marier à cause de cette amputation.

Les énormes difficultés que rencontrent les habitants de la région pour recevoir les soins physiques et psychologiques nécessaires pour se remettre de ces blessures dévastatrices ont été aggravées par les conflits prolongés au Congo, qui ont conduit à des pénuries de services de santé. En outre, et à cause d’une disponibilité réduite de fonds internationaux, de nombreuses organisations non gouvernementales, ces dernières années, ont réduit leurs activités d’assistance aux survivants basés au Congo, pour se concentrer sur une assistance humanitaire plus immédiate.

Jeunes femmes pendant la récolte des graines de café (Crédit photo : centre Polus)

Outre les actions entreprises pour enquêter sur les risques d’explosion, assurer le déminage et mener une campagne de sensibilisation des résidents de la région sur la manière d’éviter ces blessures, les programmes d’aide aux survivants sont un troisième élément clé des mesures menées à l’échelle internationale pour aider les pays à sortir du conflit. Lier le café aux programmes d’aide aux survivants est une manière d’aider les personnes à soutenir leur famille et à mener des vies significatives et productives au sein de leurs communautés.

Depuis décembre 2017, le Centre Polus, notre partenaire pour les programmes d’aide aux survivants en RDC, en collaboration avec Eastern Congo InitiativeHigher Grounds Coffee et On the Ground, a commencé à fournir des prothèses, des conseils et un soutien à la réadaptation, formant ainsi l’« Alliance de café du lac Kivu ».

La survivante Masika Julienne, blessée alors qu’elle travaillait dans sa ferme de café, reçoit une prothèse (Crédit photo : centre Polus)

Masika Julienne a été la première personne à recevoir une prothèse dans le cadre de ce projet. Aujourd’hui, après avoir reçu son nouveau membre, elle aimerait devenir technicienne prothésiste pour aider d’autres personnes dans la situation où elle se trouvait auparavant, à savoir marginalisée à cause de son amputation. Pour les autres survivants, les programmes d’aide appuyés par les États-Unis pourraient signifier de nouvelles possibilités de retourner dans leurs champs, une perspective prometteuse et une excellente raison de se réjouir en buvant votre prochaine tasse de café.

Les États-Unis sont le premier pays au monde à soutenir sur le plan financier les mesures internationales de réduction des dangers liés aux mines terrestres et aux autres engins explosifs. Depuis 1993, par l’intermédiaire de l’ambassade des États-Unis à Kinshasa, nous avons investi près de 20 millions de dollars en république démocratique du Congo pour l’élimination des mines non explosées, la sensibilisation pour la prévention des accidents, l’aide aux survivants et la lutte contre la prolifération des armes légères grâce au programme américain de destruction des armes classiques. Pour en savoir plus sur les actions des États-Unis en matière de destruction des armes conventionnelles dans le monde, consultez notre rapport annuel, To Walk the Earth in Safety, et suivez-nous sur Twitter @StateDeptPM.

L’alliance du café du lac Kivu figure également dans le rapport 2018 sur l’état des partenariats mondiaux et a participé au forum de la Semaine mondiale des accélérateurs et des partenariats mondiaux organisée par le bureau des partenariats à l’international.

À propos de l’auteur : Dennis F. Hadrick travaille comme responsable de programme au bureau d’Élimination et de Réduction des armes, rattaché au bureau chargé des Affaires politiques et militaires du département d’État.

Note de la rédaction : Cet article est également disponible sur le blog Medium officiel en français du département d’Etat.

French translation of “Coffee, Conflict, and the Congo: Healing Hearts and Minds begins with Life and Limbs”.