Le terrorisme dans les prisons étrangères : lutte contre le recrutement et réinsertion des détenus

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A group photo including Malian police officers in police uniforms and trainers in civilian clothing, some are standing, some are kneeling in front.
Des membres du personnel pénitentiaire malien et des représentants de l’Institut interrégional de recherche des Nations unies sur la criminalité et la justice (UNICRI) et du Centre international pour la lutte contre le terrorisme de la Haye (ICCT)

Le terrorisme dans les prisons étrangères : lutte contre le recrutement et réinsertion des détenus

La lutte contre le recrutement terroriste dans les prisons étrangères constitue un élément essentiel de la lutte contre le terrorisme. La prise en charge des détenus terroristes est d’une importance essentielle puisqu’on craint que ces personnes attirent de nouvelles recrues pendant leur incarcération ou planifient des attentats qui seront exécutés à leur sortie. Les individus impliqués dans les attentats terroristes hautement médiatisés de Barcelone, Bruxelles, Londres, Nice et Djakarta avaient été initialement emprisonnés pour des infractions autres que terroristes et l’on pense que leur radicalisation a eu lieu en prison. De nombreux pays de par le monde sont aux prises avec des cas signalés de personnes attirées par l’idéologie terroriste au cours de leur incarcération et les hauts fonctionnaires du gouvernement cherchent de l’aide pour prendre en charge ce problème.

Le bureau de la Lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent (CT) et le Bureau des affaires internationales de stupéfiants et de répression (INL) du département d’État travaillent à la prise en charge de cette question critique en élaborant de bonnes pratiques, qui pourront être partagées avec les pays partenaires, et dans la mesure du possible, en les aidant à mettre en œuvre de bonnes politiques de gestion carcérale et de réinsertion ainsi que des programmes pilotes ayant pour but de réduire au minimum la radicalisation menant à la violence en milieu carcéral.

Depuis 2016, dans le but d’aider les responsables des établissements pénitentiaires et les décideurs politiques à détecter et à contrer la radicalisation en milieu carcéral, le bureau CT a lancé une initiative internationale comprenant une série d’ateliers. Dans le cadre de cette initiative, le bureau CT a conclu un partenariat avec l’Institut international pour la justice et l’état de droit (IIJ) et le Programme international d’assistance à la formation en matière d’enquête criminelle (ICITAP) pour concevoir et dispenser quatre ateliers destinés notamment à des représentants officiels des pays des Balkans, d’Afrique centrale, de l’Est et du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est. Adaptés aux besoins des responsables d’établissements pénitentiaires, ces ateliers sont axés sur le recours à des outils spécialisés d’évaluation des risques, applicables aux terroristes. Ils portent sur les avantages et les inconvénients des différentes approches en matière d’hébergement des terroristes et ils réitèrent l’importance du suivi des communications et du comportement des détenus.

La détection et la lutte contre la radicalisation en milieu carcéral réussissent mieux lorsque les responsables des établissements pénitentiaires élaborent et appliquent des politiques et programmes forts en matière de prise en charge et de réinsertion. Il est essentiel que les agents pénitentiaires évaluent et catégorisent les détenus de manière adéquate dès leur arrivée dans le centre et qu’ils les réévaluent et recatégorisent de manière régulière. Cela contribue à détection précoce des personnes susceptibles de se radicaliser vers la violence et permet également au personnel carcéral de détecter les moindres changements ou tendances de comportement des prisonniers. Le mode d’hébergement des terroristes est d’importance dans la mesure où l’espace où ils sont placés, ainsi que les personnes avec qui ils le partagent, peuvent augmenter ou diminuer leur capacité à recruter ou influencer les autres détenus. Cela peut présenter un défi de taille dans la mesure où les systèmes carcéraux des pays sous-développés manquent souvent des nécessités de base telles qu’un accès à l’eau, un système de traitement des eaux usées en état de fonctionnement et de grands bâtiments capables de faire face à la surpopulation carcérale. Il est essentiel d’évaluer le niveau de sophistication des systèmes carcéraux avant de pouvoir déterminer si un programme carcéral spécialisé est l’approche qui convient.

Outre cette initiative de lutte contre la radicalisation en prison, le bureau CT a financé des programmes pilotes au niveau bilatéral afin de reproduire un certain nombre de ces bonnes pratiques de prise en charge. Au Mali, le bureau CT a financé un programme de réinsertion comprenant des entretiens avec les détenus condamnés pour des crimes liés au terrorisme, dans le but de comprendre ce qui les a poussés vers l’extrémisme violent. Ces informations ont été essentielles pour aider les responsables pénitentiaires maliens à créer des outils d’évaluation adaptés à utiliser dans leurs prisons et elles ont contribué à la création de programmes de réinsertion ciblés. Dans le cadre de ce programme, le bureau CT a également financé la formation de responsables religieux sur la radicalisation menant à la violence, afin de les aider à détecter toute personne entrant sur cette voie et à intervenir, ainsi qu’à fournir une aide psychologique aux personnes déjà radicalisées à la violence.

Le Kosovo est un autre exemple du travail du bureau CT : des activités pilotes y sont menées afin d’améliorer la capacité des responsables à prendre en charge et à réinsérer les combattants terroristes étrangers de retour au pays et d’autres terroristes condamnés. Parmi les activités spécifiques, on compte l’élaboration de procédures opératoires uniformisées pour la prise en charge des terroristes détenus, l’amélioration de la capacité à catégoriser et à héberger les détenus terroristes en fonction du risque sécuritaire qu’ils représentent, ainsi que le renforcement des capacités des agents en matière de suivi des communications et des activités des détenus terroristes.

Ce projet a également pour but de renforcer la coopération entre les administrations publiques impliquées dans le système carcéral et le suivi des combattants terroristes étrangers de retour au pays. Il est essentiel que les forces de l’ordre, le parquet et les responsables des établissements pénitentiaires communiquent entre eux dans la mesure où les informations obtenues auprès d’un prisonnier peuvent s’avérer précieuses pour les agents des forces de l’ordre chargés d’enquêtes judiciaires sur des affaires de terrorisme et vice-versa. Le suivi des communications et des actions de détenus terroristes à haut risque peut contribuer à la détection et à la prévention de potentielles opérations terroristes. Un travail a également démarré sur une approche globale impliquant toutes les administrations publiques concernées pour la transition des détenus terroristes vers leur communauté d’origine à leur sortie de prison. Étant donné que ces activités représentent un nouveau domaine de programmation d’aide étrangère, un suivi et une évaluation minutieux seront pratiqués, de manière à éclairer les responsables de la planification sur les réussites ou les défauts de ces programmes pilotes.

Participants venus du Sénégal, du Niger et du Mali assistant à une formation régionale de l’INL sur l’intervention sécuritaire, coorganisée par à le Sénégal, à Dakar.

Les actions du bureau CT visant à contribuer à la prise en charge et à la réinsertion des détenus terroristes sont souvent complétées par des mesures de réforme des prisons entreprises par le bureau INL. Au Niger, l’INL et le CT, en partenariat avec le conseiller juridique détaché sur place du département de la Justice, soutiennent de grands changements institutionnels au sein du système carcéral. Ces mesures ont ouvert la voie à une nouvelle législation qui a nommé, pour la première fois, du personnel civil pour la gestion des prisons du pays. Cela nous permettra de travailler en partenariat avec le Niger pour former de nouveaux responsables pénitentiaires civils aux questions de prise en charge et de réinsertion. L’introduction de politiques et procédures de gestion cruciales dans les prisons nigériennes devrait contribuer à la prévention de la radicalisation qui mène à la violence dans ces établissements.

Au Maroc, l’INL a soutenu les efforts de lutte contre l’extrémisme violent par le biais de son programme de réformes correctionnelles, qui incluait l’élaboration d’un système de catégorisation des prisonniers sous l’égide de la Direction générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR). L’INL a formé plus de 300 responsables pénitentiaires à cet outil et contribué à son lancement dans toutes les prisons du pays. Cet outil de catégorisation permet au personnel de la DGAPR d’identifier les personnes dangereuses d’une manière systémique, transparente et juste et de déterminer la meilleure marche à suivre pour les incarcérer.

L’INL a soutenu des représentations de théâtre dans treize prisons marocaines où les détenus ont participé à des dialogues interactifs sur les dangers des idéologies terroristes, la manière d’éviter les influences radicalisantes et l’impact négatif du radicalisme sur les détenus et leur communauté. Se fondant sur un retour d’information positif des participants, la DGAPR a demandé l’expansion du programme à l’échelle nationale.

Dans la mesure où les contextes varient grandement d’un pays à l’autre, tous les programmes sont conçus sur mesure. Le département d’État se réjouit de poursuivre son travail avec les pays partenaires sur des politiques et programmes de bonne gestion des prisons et de réinsertion qui, dans la mesure du possible, contribueront à réduire au minimum les possibilités de recrutement terroriste au sein des prisons. Nous encourageons également d’autres bailleurs de fonds à montrer l’exemple dans le domaine de la réinsertion et de la réintégration sur base de leur expérience dans ce domaine. Ainsi, nous coordonnons notre travail et nos ressources de programmation à un niveau stratégique, tout en nous assurant que les partenaires dont l’expérience est pertinente partagent la charge financière de prise en charge de ce problème à large échelle.

À propos de l’auteure : Shawna Wilson est conseillère principale sur l’état de droit au sein du bureau de la Lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent du département d’État.

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

Note de l'éditeur: cet article a aussi été publié sur la page Medium de USA en Français.

Name

Shawna Wilson

Contributor bio

Shawna Wilson est conseillère principale pour le respect de l’État de droit au Bureau de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent au département d’État des Etats-Unis.