Ces femmes survivent dans la région du Sahel et donnent tout son sens au terme de « dures à cuire »

Translated:
10 minutes read time
A woman in traditional clothing smiles with goats in the background.
Haro Tissa subvient aux besoins de son ménage de onze personnes au Burkina Faso grâce à l’élevage de petit bétail.

Ces femmes survivent dans la région du Sahel et donnent tout son sens au terme de « dures à cuire »

En dépit des difficultés causées par la pauvreté et les problèmes de santé, les femmes du Burkina Faso et du Niger apprennent à réussir autrement.

En 2016, la Campagne ONE a résumé les nombreux problèmes auxquels sont confrontées les femmes et les filles dans les pays en développement dans son rapport intitulé Poverty is Sexist (La pauvreté est sexiste) : « Dans trop de pays, être née pauvre et femme équivaut à une condamnation à perpétuité à l’inégalité, l’oppression et la pauvreté ».

Ce n’est nulle part plus vrai que dans la région du Sahel en Afrique, une vaste partie du continent qui s’étend du Sénégal, à l’ouest, au Soudan, à l’est. Les taux de mortalité maternelle et de fécondité y comptent parmi les plus élevés au monde et de nombreux pays du Sahel occupent les derniers rangs de la liste des taux d’achèvement des études primaires par les femmes. Selon ce rapport, cinq des 20 endroits où la vie est la plus difficile pour les filles se trouvent dans la région du Sahel.

Que faire pour surmonter ces tristes obstacles ?

Au Burkina Faso et au Niger, deux des 20 pays les moins hospitaliers pour les filles, le Niger occupant la dernière place de ce classement, les femmes qui participent au programme pour une résilience renforcée au Sahel (« Resilience in the Sahel Enhanced » ou RISE) de l’USAID jouent un rôle majeur pour aider leurs communautés à surmonter les difficultés auxquelles elles sont confrontées dans le domaine de la santé et de la sécurité alimentaire et elles y assument souvent des rôles de leaders. Faisons connaissance avec certaines d’entre elles.

Chantal Yarga

Chantal Yarga est mère de six enfants et vit à Bangaye, dans la région est du Burkina Faso. Il lui était souvent difficile de prendre soin de ses enfants et leur offrir des repas nutritifs et satisfaisants. Elle et son mari avaient rarement assez d’argent pour emmener leurs enfants au centre de soins de santé local et, les années de mauvaise récolte, ils ne pouvaient donner à tous leurs enfants ce dont ils avaient besoin pour leur développement.  

Chantal Yarga, mère de six

enfants au Burkina Faso,

se sert des techniques

que lui a apprises l’USAID

pour accroître le rendement

de ses cultures et

améliorer la vie des

membres de sa famille.

Il y a deux ans, le programme RISE de l’USAID a commencé à enseigner aux populations des régions rurales du Burkina Faso et du Niger les principes de l’agriculture de conservation, à savoir des techniques agricoles améliorées susceptibles d’aider les agriculteurs à obtenir des récoltes plus abondantes. Quand son mari ne pouvait pas assister aux formations, elle s’y rendait à sa place. Dans le cadre de la formation, elle et les autres participants ont appris à construire des fosses compostières pour enrichir le sol de leurs champs, à creuser des trous pour capter l’eau et concentrer les nutriments, ainsi que d’autres techniques permettant d’accroître le rendement des cultures.

Chantal a planté du sorgho et du millet en mettant en pratique ses nouvelles connaissances et a constaté que ses cultures poussaient plus rapidement et avec des rendements supérieurs. Au lieu de se retrouver à court de grain à peine deux à trois mois après la récolte, elle et son mari en ont récolté suffisamment pour nourrir leur famille pendant au moins six mois.

Cette année-là, Chantal a rejoint un groupe qui travaille à la promotion de l’engraissement du bétail. Avec l’aide de l’USAID, le groupe a appris des techniques d’élevage de moutons et de chèvres. Chantal élève actuellement deux moutons, deux chèvres et deux vaches. Un de ses moutons vient de donner naissance à trois agneaux en bonne santé. Maintenant, quand elle vendra ses animaux, elle pourra réaliser des bénéfices.

« Je comprends maintenant la relation entre les animaux et l’agriculture », dit-elle. « Mon élevage d’animaux contribue à améliorer mon compost, que je peux utiliser dans mes champs pour obtenir de meilleures récoltes. »

La famille peut conserver ses abondantes récoltes pour les utiliser ou les vendre plus tard dans l’année et Chantal se sert des revenus supplémentaires tirés de la vente des produits agricoles et du bétail pour acheter des aliments plus nutritifs et payer les frais de scolarité de ses enfants.

Le mari de Chantal, Sambo, est fier de la bonne santé actuelle de sa famille. Avant, dit-il, les enfants étaient souvent malades et fatigués. Maintenant, ils sont rarement malades, ils dorment mieux et ils ne doivent jamais aller à l’hôpital. « Vous pouvez mesurer la réussite de ma femme à l’apparence des enfants », dit-il.

Les « femmes de tête » de N’walla

Il y a quelques années, l’USAID a commencé à aider les femmes de N’walla, un village de la région de Maradi, au Niger, à organiser des caisses villageoises d’épargne et de crédit et à mieux comprendre les potentiels des petites entreprises. Chaque membre du groupe verse une contribution de 100 francs CFA, soit environ 20 centimes de dollar par semaine. Les membres peuvent contracter des prêts pour de petits projets générateurs de revenus, comme des activités de couture ou de vente d’aliments ou peuvent emprunter de l’argent pour payer les soins de santé ou les vêtements de leurs enfants. Les femmes doivent rembourser ces prêts à faible intérêt dans un délai de quatre semaines.

Houre Maazou, membre

d’un groupe d’épargne

et de crédit de son village,

présente les biscuits

qu’elle a confectionnés

à partir de farine de niébé.

Elle vend les biscuits

et réinvestit les bénéfices

pour financer d’autres

projets rémunérateurs.

« Avant nous étions plus isolés. Maintenant, nous nous aidons mutuellement à réussir », dit Houre Maazou, 20 ans, membre du groupe. « Maintenant, nous pouvons obtenir un crédit et rendre notre vie et celle de nos amis plus facile. »

Suite à une série d’urgences humanitaires à grande échelle dans la région du Sahel, l’USAID a reconnu que le fait de continuer à traiter ces crises récurrentes comme des crises ponctuelles d’urgence extrême est très coûteux et ne permet pas de s’attaquer efficacement à leurs causes sous-jacentes. Le programme de renforcement de la résilience au Sahel (RISE) de l’USAID œuvre pour renforcer la résilience de certaines des communautés les plus vulnérables du Sahel pour qu’elles soient mieux préparées et à même de réagir face aux crises environnementales et causées par l’homme. RISE est axé sur le renforcement des institutions et de la gouvernance, un bien-être économique durable accru et l’amélioration de la santé et de la nutrition dans les zones vulnérables du Niger et du Burkina Faso.

Haro Tissa

Haro Tissa vit à Margou, un village dans la région est du Burkina Faso. Il y a dix ans, son mari a perdu la vue et depuis elle assume le rôle de chef d’une famille de 11 personnes. La vie était difficile. Ainsi, lorsque l’USAID a commencé à organiser des activités de renforcement de la résilience dans son village, Haro Tissa avait hâte d’y participer.

Elle était particulièrement intéressée par le système habbanayé, une coutume locale qui consiste à prêter une vache, une chèvre ou autre animal reproducteur, à un voisin ou une famille dans le besoin. Dans le cadre de cet arrangement, lorsque l’animal prêté a des petits, il est rendu au propriétaire d’origine et le destinataire conserve le petit pour son lait et sa viande. Ce cycle se poursuit lorsque cet animal se reproduit, de sorte à distribuer la richesse du bétail dans l’ensemble de la communauté.

Choisie par sa communauté pour bénéficier des activités habbanayé de l’USAID, Tissa a reçu cinq chèvres pendant la saison des pluies 2015. « J’ai appris comment nourrir les chèvres, produire des blocs de minéraux à lécher et à cultiver suffisamment d’aliments pour le bétail. J’ai également appris à construire des abris pour protéger les animaux de la pluie et à surveiller leur état de santé », a-t-elle expliqué. Au bout de 14 mois, les chèvres de Haro avaient donné naissance à neuf chevreaux. Elle en a donné cinq à une autre femme choisie par la communauté.

Haro Tissa présente les chèvres qu’elle a élevées grâce au habbanayé, une pratique locale de prêt d’animaux reproducteurs à un voisin dans le besoin.



Pour Haro, les avantages du habbanayé étaient clairs : « Sur un demi-hectare, j’ai produit 25 bottes d’herbe et 24 balles de fourrage. Je m’en suis servi pour nourrir mes animaux tout au long de l’année. Je me suis servi des excréments des animaux pour faire du fumier pour mes champs. Grace à l’USAID, qui m’a appris l’importance de l’utilisation du fumier, j’ai récolté 400 kg de millet, beaucoup plus que les années précédentes. »

« Je trais maintenant 300 litres de lait de chèvre par an », poursuit-elle. « Je donne le lait à mes petits-enfants et je peux voir la différence au niveau de leur santé. »

Haro a appris à sa belle-fille tout ce qu’elle a appris de l’USAID et sa propre fille a récemment commencé à élever des chèvres. « J’espère que ma fille va élever ces chèvres pour en tirer ces mêmes avantages », dit Haro. « Elle pourrait briser le cercle de la pauvreté et aider quelqu’un d’autre par la suite. »

La nouvelle s’est répandue et Haro est maintenant une sorte de célébrité locale. « Ces activités m’ont permis d’acquérir une plus grande confiance en moi et d’être reconnue au sein de ma famille et de ma communauté », dit-elle.

Haro admet lorsqu’elle s’adresse aux autres femmes de Margou que certaines de ces nouvelles pratiques exigent plus de travail que ce à quoi elles sont habituées, mais que cela en vaut la peine, compte tenu des avantages pour leur famille.

À propos des auteurs : Sara Passman est conseillère dans le domaine du développement régional et de la communication auprès de la mission de l’USAID au Sénégal. Judith Lenti est spécialiste en communication au sein de l’association NCBA-CLUSA.

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

Sara Passman
Judith Lenti