La lutte contre le recrutement de terroristes et la radicalisation en prison

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A person walks inside a prison in Libya, August 26, 2011.
Une personne entre dans une prison en Libye, le 26 août 2011

La lutte contre le recrutement de terroristes et la radicalisation en prison

La communauté internationale s’inquiète de plus en plus de voir des terroristes attirer de nouvelles recrues lors de leur incarcération. Ces inquiétudes trouvent leur origine dans les attaques terroristes récentes de Bruxelles, Copenhague, Londres et Nice — où des individus qui avaient été incarcérés pour des infractions non liées au terrorisme ont fini par commettre de telles attaques. De nombreux pays des Balkans ont ainsi rapporté des cas d’individus radicalisés en prison. Des responsables des gouvernements de la région ont spécifiquement demandé à être aidés pour lutter contre le recrutement et la radicalisation à des fins de violence. Afin d’aider les responsables du système carcéral et les décideurs de toute la région des Balkans à mieux détecter et à s’attaquer au problème de la radicalisation en prison, le Programme international d’aide à la formation en matière d’enquêtes criminelles (ICITAP) du département de la Justice a tenu un symposium à Zagreb (Croatie) les 25 et 26 avril 2017, grâce à des financements du Bureau de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent (CT).

Ce symposium, le second événement organisé à l’initiative du Bureau CT pour combattre le recrutement et la radicalisation dans les prisons, réunissait des spécialistes du système correctionnel venus d’Albanie, de Bosnie-Herzégovine, de Bulgarie, de Croatie, de Finlande, du Kosovo, de Macédoine, du Monténégro, de Serbie et des États-Unis. Le programme réunissait également des experts de Penal Reform International, l’institut de recherche inter-régional des Nations unies sur le crime et la justice, ainsi que du Global Center on Cooperative Security. Ce symposium faisait suite à l’événement mondial qui s’était tenu en décembre 2016 à l’Institut international pour la justice et l’État de droit (IIJ) à La Valette (Malte).

On parvient mieux à dépister et à contrer la radicalisation en prison lorsque les responsables carcéraux conçoivent et mettent en œuvre de solides politiques et programmes de gestion et de réinsertion. Voilà l’idée qui a été étayée par des experts des États-Unis, d’Europe occidentale et des Balkans tout au long du symposium de deux jours. Ces experts ont également souligné qu’il était nécessaire d’évaluer et de classer correctement tous les détenus arrivant dans une prison, ainsi que d’actualiser régulièrement ces évaluations et classifications. Un bilan adapté constitue la première étape pour déterminer si un individu est à risque d’être radicalisé en prison.

Les séances qui ont suscité le plus d’intérêt sont celles qui traitaient des approches pour loger les suspects de terrorisme ainsi que des programmes conçus pour surveiller les communications et comportements des détenus. Les experts ont noté que la supervision et la gestion des détenus constituaient des efforts vitaux dans le cadre de la lutte contre la radicalisation en prison. Le personnel carcéral utilise différentes méthodes pour collecter des informations sur les événements de la vie d’un individu : analyser le courrier et les appels téléphoniques des détenus, mener des fouilles aléatoires des cellules, ou approuver les visites des parents et amis. Un des débats du symposium traitait spécifiquement des règles et de la jurisprudence qui s’appliquent à la surveillance des prisons dans la région. Par exemple, la Cour européenne des droits de l’homme a eu à connaître des affaires concernant le droit à la vie privée de détenus, droit qui doit être pris en compte lorsque les différents pays conçoivent et mettent en œuvre des programmes et des politiques vis-à-vis de la fouille des individus et de leurs cellules. Les règles pénitentiaires européennes, des normes non contraignantes définies par le Conseil de l’Europe, contiennent également des dispositions spécifiques au filtrage des communications des détenus et à d’autres aspects de la collecte et de l’analyse d’informations concernant les prisonniers.

Le symposium se concentrait également sur la façon de loger les suspects de terrorisme. Des experts de différents pays ont souligné la diversité des approches qu’ils avaient adoptées ainsi que les nécessaires compromis. Par exemple, un des avantages que présente le « regroupement », ou la « concentration », de tels détenus est qu’il consolide les ressources, aussi bien humaines que financières. En effet, cela peut permettre de concentrer les efforts d’un personnel hautement qualifié, qui sait comment gérer un groupe de détenus à haut risque. Cependant, la concentration a ses inconvénients, comme de créer incidemment une organisation hiérarchique au sein des terroristes, ce qui peut leur permettre de s’organiser. Un exemple de ce phénomène avait été observé en Irlande du Nord, lorsque des prisonniers de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) avaient été logés ensemble au sein d’une unité spéciale. Cela avait fini par préserver la hiérarchie et l’identité du groupe, en plus de faciliter le développement de camps d’entraînement au sein de la prison. Les débats de cet atelier, portant sur le logement de suspects de terrorisme, a mis en lumière qu’une approche unique pour tous ne fonctionnerait pas. Les pays doivent prendre en compte leurs propres ressources et la nature spécifique de la menace terroriste à laquelle ils font face.

On peut dire que cette réunion très utile des responsables carcéraux des Balkans, a apporté de nouveaux outils et connaissances afin de dépister et de contrer la radicalisation en prison, et a permis à des gens du métier d’échanger leurs expériences et d’apprendre à travers les succès et les erreurs de leurs pairs. Tout en échangeant des idées sur les changements qu’ils pourraient introduire dans leurs systèmes actuels, les spécialistes ont également appris comment certains changements dans les procédures opérationnelles pouvaient réduire, pour les terroristes, les opportunités de recrutement et de planification pendant leur séjour en prison. Il s’agit là de développer un autre aspect clé de nos efforts collectifs de lutte contre le terrorisme.

À propos de l’auteure : Shawna Wilson est conseillère principale pour le respect de l’État de droit au Bureau de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent au département d’État des Etats-Unis.

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

 

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Shawna Wilson

Contributor bio

Shawna Wilson est conseillère principale pour le respect de l’État de droit au Bureau de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent au département d’État des Etats-Unis.